Témoignage d’Alain Derouineau, chirurgien-dentiste : « On doit courir après la rentabilité »

Alain Derouineau, chirurgien-dentiste à Beaugency dans le Loir-et-Cher, réagit au non-remplacement d’un de ses confrères qui a pris sa retraite dans la région.

C’est le site de la Nouvelle République qui a donné la parole à Alain Derouineau. Ce praticien a voulu s’exprimer sur les causes expliquant la situation démographique des chirurgiens-dentistes dans certaines régions de Province.

« Les contraintes administratives, l’augmentation des charges (les cotisations ont été multipliées par 10 en quinze ans), la lourdeur du plateau technique, le coût du matériel, les nouvelles normes, la traçabilité, l’élimination des déchets, les normes d’hygiène, la surcharge de travail, le stress, la responsabilité de plus en plus lourde, la gestion du personnel, le manque de sécurité, les attaques multiples que nous subissons via les médias et les pouvoirs publics ».

Pour Alain Derouineau, le chirurgien-dentiste est aujourd’hui un vrai chef d’entreprise. « On oublie de dire ce que tout cela implique moralement. Conséquence : puisqu’il n’y a pas eu de revalorisation sur les soins depuis des années et que depuis quinze ans, il y a une forte augmentation des frais, le chef d’entreprise doit courir après la rentabilité alors que le salarié, qui prendra moins de risques, se sentira plus protégé. La rémunération n’est plus valorisante par rapport aux autres pays européens. » Le praticien regarde de près le développement « d’une concurrence accrue » des centres dentaires et des réseaux de santé, avec un objectif affiché, celui de « la diminution des honoraires dentaires, ce qui peut paraître souhaitable, mais attention à la qualité ».

« Au vu de tout cela, les jeunes n’ont pas toujours la capacité de reprendre le cabinet dentaire surtout s’il n’a qu’un poste. Et ils choisissent donc à la sortie de la fac un exercice salarié. C’est pour cela que la plupart des cabinets dentaires indépendants ne trouvent pas de repreneurs. » 

D’après le chirurgien-dentiste de Beaugency, un jeune qui sort aujourd’hui de la fac a besoin d’être conseillé, épaulé et sécurisé. « Il faudrait étudier des contrats de collaboration senior-junior très faciles à mettre en place, des stages actifs en 6e année sous tutorat, réduire le délai entre la sortie de la fac et la soutenance de la thèse, mettre en place des services dentaires dans les territoires sans faculté pour faire venir les jeunes et remonter le numerus clausus. Nos aînés, qui ont créé l’Association dentaire française et obtenu le doctorat en chirurgie dentaire, notre capacité professionnelle reconnue partout dans le monde, seraient bien déçus de voir ce qui se passe aujourd’hui. Certains de nos représentants pensent plus à leurs propres intérêts qu’à l’intérêt général. L’exercice libéral en France est totalement complémentaire de l’exercice public. Que l’on m’explique quel est le dogme qui justifie que l’on détruise nos professions libérales ? Soigner une dent, réaliser des travaux prothétiques complexes, ce n’est pas anodin. La technique chez nous sous-entend l’excellence. »

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