Le Grenelle de la santé bucco-dentaire, organisé en cinq Ateliers de travail – Formation, Prévention, Démographie, Financement, Cabinet du futur –, a nourri le livre blanc de 23 propositions concrètes afin de répondre aux nombreux dysfonctionnements du système de santé bucco-dentaire français, tant pour les patients que pour les praticiens et plus largement pour le système de soins. De Nombreux organismes intervenant dans le domaine de la santé bucco-dentaire ont répondu présent pour ces rencontres (Ministères de tutelle, Université, UNCAM, UNOCAM, Mutualité, CISS, Académie ADF, Syndicats représentatifs des chirurgiens-dentistes, des étudiants, des prothésistes, de la Fédération des Assistants dentaires, les représentants de l’industrie COMIDENT…).
Tous ont participé à la création de ce Livre Blanc qui propose un diagnostic ainsi que des recommandations pour faire réagir les décideurs et bâtir une vraie politique de santé bucco-dentaire.

« Notre profession est à un tournant social, déontologique et technologique. De nombreux chantiers l’attendent, aussi bien en matière de formation que de prévention, de démographie ou de financement. Il faut réfléchir à son évolution, à sa pratique, aux attentes des patients et à sa place dans le système de santé. » s’est exprimé Gilbert Bouteille, Président de l’Ordre, au sujet des objectifs de ce Livre Blanc.
L’Ordre invite tous les chirurgiens-dentistes à prendre connaissance des 23 mesures suivantes :
FORMATION

Une réflexion doit être menée sur la possibilité pour le chirurgien-dentiste de déléguer certaines tâches à l’équipe dentaire. Reste à définir précisément le périmètre de compétence de l’assistant dentaire, et à réfléchir à l’opportunité d’accueillir de nouveaux métiers.
Le patient étant au cœur du système, la formation doit envisager sa prise en charge sous différents aspects : médicaux, techniques et psychologiques.
Permettre à la profession de se réapproprier « sa » formation continue afin que celle-ci soit réellement en adéquation avec ses propres besoins et ceux des patients.
PRÉVENTION
Aujourd’hui, les chirurgiens-dentistes sont pleinement acteurs de la prévention, mais l’appellation « chirurgien-dentiste » est trop limitative, « spécialiste de la santé orale » conviendrait davantage.
La prévention peut être assurée par les assistants dentaires (les référentiels et leur profil de compétence sont en cours de définition). Une autre possibilité consisterait à créer un nouveau métier tel que celui d’« éducateur/animateur en santé orale » en lien avec les réseaux de soins.
Les messages de santé publique sont souvent trop généraux. Il conviendrait dès lors d’individualiser davantage la prévention, en l’adaptant notamment aux populations vulnérables sur le plan physique, social, économique, etc.
Pour que la prévention porte ses fruits, elle doit faire l’objet d’une campagne nationale. Encore faut-il que celle-ci soit concrète et repose sur des programmes pilotes de recherche-action.
Nous recommandons d’ajouter un sixième P – le P de « Plaisir » (le brossage des dents doit être un plaisir) – aux cinq autres P qualifiant la santé orale : Préventive, Prédictive, Participative, Personnalisée de Preuve. Pour rendre la prévention attractive, l’accent doit être mis sur la dimension de plaisir. Il faut rendre le patient acteur et responsable de sa santé. Des actions très concrètes tels des messages positifs adressés via des sites Web sous forme de « flashs infos » sur la santé bucco-dentaire, pourraient y contribuer.
DÉMOGRAPHIE
Renforcer le stage actif de sixième année en permettant aux étudiants de le réaliser en continu plutôt qu’à raison d’une journée par semaine. Une immersion complète pendant une durée plus longue serait plus efficace. En complément, inciter des étudiants de cinquième et de sixième année à poursuivre leur cursus dans une antenne odontologique d’un CHU d’une ville dépourvue de faculté de chirurgie dentaire constitue une réflexion à mener.

Proposer aux diplômés d’exercer dans une zone très sous-dotée pendant 12 ou 18 mois. La France pourrait conditionner la délivrance du conventionnement à l’exercice dans une zone très sous-dotée, soit sous forme salariée, soit sous forme libérale en tant que collaborateur. Dans certaines zones, les pouvoirs publics ou les ARS pourraient créer des structures pluridisciplinaires adaptées avec des locaux et des plateaux techniques dédiés.
Une modification de la directive européenne 2005/36 permettrait de pallier les insuffisances professionnelles en imposant une formation clinique suffisante à tout diplômé souhaitant s’installer.
Le conventionnement sélectif en fonction du degré de formation clinique ou de la zone d’installation est une mesure à étudier dans un cadre précis. Il doit en tout état de cause concerner l’ensemble des praticiens. C’est une piste de négociation ouverte aux partenaires conventionnels : assurance maladie et syndicats représentatifs.
Faire comprendre à l’ensemble des acteurs que la santé bucco-dentaire fait partie intégrante de la santé en général. Ce n’est pas un domaine à part.
Plus de prévention, c’est moins d’actes prothétiques à terme. Il faut l’imaginer dans une logique de « parcours prévention », personnalisé en fonction de particularités liées, par exemple, au vieillissement ou à des pathologies spécifiques (diabète par exemple). À créer, un bilan bucco-dentaire (BBD) adulte, avec des consultations spécifiques dont la fréquence reste à déterminer. Les assistants dentaires pourraient jouer un grand rôle dans la prévention, sous la responsabilité du chirurgien-dentiste.
Selon l’âge des patients, leur situation (physique, mentale, économique, sociale), leurs éventuels besoins spécifiques, le temps passé pour un même type de soins varie considérablement. Pourquoi la rémunération du chirurgien-dentiste ne serait-elle pas « personnalisée » pour tenir compte de ces disparités?
FINANCEMENT

Revenir aux fondamentaux du métier implique une réflexion complète si l’on veut que les soins redeviennent attractifs pour le chirurgien-dentiste : niveau de rémunération de la prévention, des soins conservateurs, juste prix des prothèses. La démarche de soin doit être réorientée vers la conservation tissulaire. Une approche qui doit être la première valorisée dans la formation continue. Cet objectif devrait aisément obtenir un consensus, et la mutation doit s’inscrire dans la durée. L’ensemble des acteurs devra prendre part à la discussion : financeurs, praticiens, prothésistes dentaires et assurés sociaux.
Un fonctionnement efficient du système de financement de la santé bucco-dentaire repose également sur la responsabilisation des assurés sociaux. Ces derniers doivent prendre au sérieux leur santé, venir aux rendez-vous fixés, se brosser correctement les dents…
CABINET DU FUTUR

Pour contrebalancer la présence de plus en plus importante des machines et de la robotique, le soignant devra accorder une large place à la psychologie, à la pédagogie et à la conviction.
Les cabinets du futur travailleront en réseau avec les patients (via des échanges par Internet) comme avec les autres professionnels de santé ou l’hôpital. Cette pratique doit s’envisager dès maintenant ; la notion d’équipe doit s’étendre aux acteurs de santé extérieurs au cabinet dentaire car la santé bucco-dentaire ne s’arrête pas à sa porte. Une association de compétences doit être mise en place entre les soignants, les soignés et les intervenants extérieurs.
Aujourd’hui, la profession souffre d’une absence de définition des bonnes pratiques et de contrôle des pratiques. Cette situation est susceptible de changer sous l’instauration de normes et certifications. Pour répondre à ces nouvelles demandes, pour s’autoévaluer et instaurer une démarche qualité, le cabinet du futur devra apprendre à produire des données. La comparaison avec d’autres cabinets, dans une logique de « benchmark » (indicateurs de performance), pourrait constituer un levier d’amélioration.
S’assurer que le praticien de demain peut en permanence réactualiser ses compétences et mettre en œuvre la santé orale des 6 P (Préventive, Prédictive, Participative, Personnalisée, de Preuve et de Plaisir), afin de ne pas créer de disparités avec les jeunes diplômés formés aux dernières technologies.
Les cabinets de groupe sont une réponse à l’inexorable augmentation des coûts résultant à la fois du progrès technologique, du renforcement des normes de sécurité et de qualité, mais aussi de l’exigence croissante des patients.
Télécharger gratuitement le Livre Blanc du Grenelle de la Santé Bucco-dentaire
Source : ONCD